
A retenir
- L’ordonnance de non-lieu est une décision judiciaire rendue par le juge d’instruction au cours de l’information judiciaire.
- Il se distingue du classement sans suite, de la relaxe et de l’acquittement par son stade procédural.
- Un non-lieu met fin à l’action publique au stade de l’instruction, sauf survenance de charges nouvelles.
- Certaines décisions et recours doivent être envisagés immédiatement après l’ordonnance.
- Il intervient lorsque les faits ne constituent pas une infraction, que l’auteur est inconnu, ou que les charges sont insuffisantes pour renvoyer l’auteur devant une juridiction de jugement.
Vous venez d’apprendre qu’un non-lieu a été prononcé. La procédure pénale se termine, le juge d’instruction a rendu son ordonnance, et pourtant le doute persiste. Cette décision judiciaire clôture une instruction, mais elle ne constitue ni un jugement sur le fond, ni une reconnaissance d’innocence. Entre poursuite abandonnée, absence de charges suffisantes et confusion avec la relaxe, l’acquittement ou le classement sans suite, la définition d’un non-lieu reste floue pour la personne concernée. Comprendre ce que signifie réellement cette décision, et surtout ses effets concrets, est indispensable pour éviter des conséquences invisibles. Commençons par clarifier ce que recouvre un non-lieu en droit pénal.
Définition rapide du non-lieu en droit pénal
Un non-lieu est une décision judiciaire par laquelle un juge d’instruction constate que les éléments recueillis au cours de l’instruction ne permettent pas de renvoyer une personne devant une juridiction de jugement.
Autrement dit, la procédure s’arrête à ce stade faute de charges suffisantes, ou parce que l’action publique est éteinte (prescription, amnistie, décès), ou en présence d’une cause d’irresponsabilité pénale (ex. légitime défense).
Ce point est fondamental : le non-lieu n’est pas un jugement sur la culpabilité ou l’innocence : il constate l’impossibilité de renvoyer devant une juridiction de jugement. Il met fin à l’instruction et à l’action publique.
Dans la pratique, cette nuance est souvent mal comprise. Beaucoup de personnes pensent qu’un non-lieu équivaut à une victoire judiciaire totale. Ce n’est pas exact, et cette confusion peut entraîner de lourdes erreurs par la suite, notamment sur les plans administratifs ou civils.
Quand et comment un non-lieu est-il prononcé ?
Le non-lieu est prononcé par le juge d’instruction, par ordonnance, à l’issue d’une information judiciaire, ou par la chambre de l’instruction en cas d’appel. Il intervient lorsque la poursuite de la procédure pénale ne peut juridiquement ou factuellement aboutir à un renvoi devant une juridiction de jugement.
En pratique, trois hypothèses principales conduisent à un non-lieu.
Insuffisance de charges
Lorsque les éléments de preuve récoltés par le Juge d’instruction et les services de police sont insuffisants pour renvoyer la personne devant une juridiction de jugement, le procureur de la République peut requérir un non-lieu, que le juge d’instruction apprécie souverainement. Le juge d’instruction, qui instruit à charge et à décharge, peut également ordonner un non-lieu sur réquisitions contraire du Procureur de la République.
Cause légale d’extinction de l’action publique
Le non-lieu peut également être prononcé lorsque l’action publique est éteinte, notamment en raison de la prescription, d’une amnistie ou du décès de l’auteur des faits. Dans ces situations, la procédure ne peut se poursuivre, indépendamment de la gravité des faits.
Cause d’irresponsabilité pénale
Enfin, un non-lieu peut être prononcé en présence d’une cause d’irresponsabilité pénale, par exemple la légitime défense ou l’irresponsabilité pénale pour cause d’abolition ou d’altération du discernement. Dans ces cas, l’ordonnance doit préciser qu’il existe des charges suffisantes établissant que la personne a commis les faits reprochés, mais qu’une cause d’irresponsabilité est caractérisée en l’espèce.
Le juge d’instruction peut rendre une ordonnance de non-lieu, totale ou partielle. Il peut ne concerner qu’une partie des faits, des qualifications ou des personnes, tandis que le reste du dossier se poursuit.
Dans tous les cas, cette décision met fin à l’action publique au stade de l’instruction (sauf charges nouvelles), sans empêcher d’éventuelles suites civiles, disciplinaires ou administratives.
Le juge d’instruction statue sur le dossier tel qu’il existe au moment de la clôture de l’information, sans spéculer sur d’éventuels éléments à venir.
Différence entre non-lieu, classement sans suite, relaxe et acquittement en droit pénal
La confusion entre ces décisions est l’une des principales sources d’angoisse. Pourtant, elles n’interviennent ni au même moment ni accompagnées des mêmes effets.
- Le classement sans suite est une décision du Procureur de la République, prise à l’issue d’une enquête de police judiciaire sous la forme préliminaire ou de flagrance. Il signifie que le parquet choisit de ne pas engager de poursuites et qu’aucune juridiction de jugement n’est saisie. Le classement sans suites ne met pas fin à l’action publique dès lors qu’elle n’a jamais été engagée. La victime dispose donc de moyens supplémentaires pour la mettre en mouvement.
- Le non-lieu intervient plus tard, après une information judiciaire. Il est rendu par un juge d’instruction et met un terme à la phase d’instruction ainsi qu’à l’action publique.
- La relaxe est prononcée par une juridiction correctionnelle lorsque les faits reprochés ne sont pas établis ou que la responsabilité pénale n’est pas retenue.
- L’acquittement est prononcé par la cour d’assises lorsque la culpabilité n’est pas établie.
Comprendre ces distinctions évite de croire à tort que “tout est fini” ou, au contraire, de penser que la situation est plus grave qu’elle ne l’est réellement.
Que faire après un non-lieu : les 4 décisions à ne pas rater
L’inaction après un non-lieu peut produire des effets juridiques durables. Si aucune démarche n’est engagée après le non-lieu, certaines conséquences peuvent continuer à produire leurs effets pendant des années.
Voici les actions à entreprendre immédiatement, tant que les délais sont ouverts et que les preuves sont encore accessibles.
1. Vérifier l’inscription dans les fichiers de police après un non-lieu
Un non-lieu n’entraîne pas automatiquement l’effacement des mentions dans les fichiers de police, notamment le TAJ (Traitement des antécédents judiciaires). Des données peuvent subsister après la fin de la procédure ; l’accès et l’usage restent strictement encadrés.
À ce stade, un échange avec GOLDWIN Avocats, cabinet d’avocats pénalistes à Paris, permet de vérifier rapidement si une démarche est utile et d’éviter des demandes vouées au refus.
2. Décider s’il faut engager une demande de réparation après un non-lieu
Un non-lieu peut ouvrir droit à réparation uniquement dans des hypothèses strictement encadrées par le code de procédure pénale et interprétées de manière restrictive par la jurisprudence.
Détention provisoire suivie d’un non-lieu
Une personne placée en détention provisoire puis bénéficiant d’un non-lieu peut demander une indemnisation sur le fondement des articles 149 et suivants du Code de procédure pénale. La demande doit être formée dans les 6 mois suivant la décision définitive.
La requête doit être adressée au premier président de la cour d’appel. Les décisions peuvent faire l’objet d’un recours devant une Commission nationale de réparation des détentions (CNRD).
Par exemple : M. X est détenu provisoirement 4 mois. L’instruction se conclut par un non-lieu pour absence de charges. Il peut demander réparation du préjudice moral, de la perte de revenus liée à la détention, du fait de conditions de détention indignes et certains frais directement causés par celle-ci, à condition de les justifier précisément.
Préjudice anormal et spécial hors détention
Sans détention, une indemnisation n’est possible que si un préjudice grave, spécifique et directement imputable à la procédure est démontré. Ces cas sont exceptionnels.
Prenons l’ex de Mme Y, mise en examen, soumise à une interdiction professionnelle pendant 18 mois dans le cadre d’un contrôle judiciaire, et puis qui bénéficie d’un non-lieu. Elle peut tenter une demande uniquement si elle démontre une perte de revenus ou une atteinte particulière dépassant les contraintes normales d’une procédure pénale.
L’indemnisation n’est ni automatique ni forfaitaire.
Elle suppose un fondement légal clair, le respect strict des délais et une démonstration chiffrée du préjudice.
Un avocat du Cabinet GOLDWIN AVOCATS peut intervenir à ce stade pour qualifier juridiquement la situation, évaluer les chances de succès et éviter une démarche vouée à l’échec.
3. Anticiper les conséquences administratives d’un non-lieu
Un non-lieu met fin à l’action publique à ce stade de la procédure pénale, sans constituer un jugement sur le fond ni faire obstacle à d’éventuelles actions civiles, disciplinaires ou administratives.
Dans certains domaines, les administrations peuvent continuer à tenir compte :
- D’une inscription résiduelle dans des fichiers de police,
- De la mention d’une procédure classée dans un dossier administratif,
- Des faits matériellement évoqués, même sans condamnation.
Cela concerne notamment les demandes de naturalisation, les titres de séjour, l’accès à certains concours, les habilitations administratives et les emplois soumis à enquête de moralité ou de sécurité.
En pratique, un non-lieu n’interdit pas à l’administration de fonder une décision sur une appréciation globale du comportement, dès lors qu’elle ne se fonde pas sur une condamnation inexistante.
Action recommandée : anticiper ces situations en constituant un dossier explicatif précis, retraçant la procédure, la nature du non-lieu et l’absence de poursuites en cours, afin de répondre à une éventuelle demande d’information ou de prévenir une décision défavorable insuffisamment motivée.
4. Pourquoi un non-lieu n’est pas une victoire judiciaire totale
Un non-lieu ne met pas fin à toutes les conséquences de la procédure.
En pratique, la décision pénale n’efface ni la perception extérieure des faits ni leur éventuelle réutilisation hors du champ pénal. Dans l’opinion publique, l’existence même d’une affaire peut continuer à peser sur la réputation, en particulier dans un cadre professionnel exposé ou réglementé.
Sur le plan juridique, des suites restent possibles :
- Action civile fondée sur les mêmes faits,
- Procédure disciplinaire interne ou professionnelle,
- Appréciation administrative dans des dossiers sensibles,
Ces mécanismes obéissent à des règles distinctes et peuvent s’appuyer sur des éléments factuels déjà évoqués au cours de l’instruction, sans qu’une condamnation pénale soit requise.
Action essentielle : identifier les risques résiduels et anticiper les suites possibles, même lorsque la procédure pénale est close.
La victime peut-elle contester un non-lieu ou former un recours ?
Un non-lieu ne ferme pas nécessairement toute voie de recours pour la victime, mais les options sont encadrées et limitées.
Appel de l’ordonnance de non-lieu
La victime constituée partie civile peut faire appel de l’ordonnance de non-lieu devant la chambre de l’instruction de la cour d’appel.
Ce recours doit être exercé dans un délai de 10 jours selon les règles de départ de délai applicables à la notification de l’ordonnance. Il suppose une contestation juridique sérieuse de l’analyse du juge d’instruction ou l’existence d’éléments insuffisamment pris en compte.
Action devant les juridictions civiles
Indépendamment de l’issue pénale, la victime peut engager une action en responsabilité civile afin d’obtenir réparation de son préjudice. Le juge civil statue selon ses propres règles et n’est pas lié par la décision de non-lieu.
Réouverture de l’affaire en cas d’éléments nouveaux
Si des charges nouvelles ou des preuves inédites apparaissent après le non-lieu, une reprise des poursuites peut être envisagée. Ce mécanisme reste exceptionnel et strictement conditionné.
Saisine de la CIVI
Lorsque l’auteur est inconnu ou insolvable et que l’infraction présente un certain degré de gravité, la victime peut saisir la Commission d’indemnisation des victimes d’infractions (CIVI), sous réserve de remplir les conditions légales.
Dans ce contexte, l’intervention d’un avocat permet d’identifier rapidement la voie de recours pertinente et d’éviter des démarches infondées. L’accompagnement par GOLDWIN AVOCATS, cabinet d’avocats pénalistes à Paris, peut notamment permettre d’évaluer si un recours est juridiquement défendable ou manifestement voué à l’échec.
Non-lieu partiel : quand la procédure pénale n’est pas totalement terminée
Un non-lieu peut être total ou partiel.
Il est partiel lorsque le juge d’instruction considère que les charges sont insuffisantes pour une partie seulement du dossier, tandis que d’autres éléments justifient la poursuite de la procédure. Cela se produit notamment lorsqu’une même personne est poursuivie pour plusieurs infractions. Le juge peut alors écarter l’une d’elles faute de charges suffisantes, tout en renvoyant l’intéressé devant le tribunal pour une autre qualification.
Dans ce cas, la décision de non-lieu ne met pas fin à l’ensemble des poursuites.
La situation est similaire lorsqu’il existe plusieurs mis en examen. Il arrive qu’un non-lieu soit prononcé à l’égard de l’un, alors que la procédure se poursuit contre un autre, renvoyé devant une juridiction de jugement. L’affaire est juridiquement close pour l’un, mais reste pleinement active pour l’autre.
Un non-lieu partiel peut également porter sur le périmètre des faits. Le juge peut considérer que certaines périodes ou certains faits précis ne sont pas suffisamment caractérisés et prononcer un non-lieu à leur sujet, tout en maintenant l’instruction ou le renvoi pour des faits distincts, commis à une autre période.
Dans toutes ces hypothèses, la procédure n’est pas entièrement terminée. Une audience correctionnelle ou criminelle peut encore être fixée, un appel peut rester ouvert ou une instruction peut se poursuivre sur un périmètre réduit.
Cette configuration est souvent mal comprise. Penser que l’ordonnance met fin à toute l’affaire peut conduire à des décisions inadaptées, voire à la perte de droits procéduraux.
Il est donc indispensable d’analyser attentivement le dispositif et les motifs de l’ordonnance afin d’identifier précisément ce qui est définitivement clos et ce qui demeure juridiquement en cours.
Le non-lieu : une décision de clôture, pas une décision d’effacement
La définition d’un non-lieu en droit pénal est souvent mal comprise. Cette décision met fin à une procédure au stade de l’instruction lorsque les éléments recueillis ne justifient pas un renvoi devant une juridiction de jugement, sans pour autant déclarer une personne innocente ou coupable.
Mais un non-lieu ne signifie pas l’abandon total de toute conséquence. Inscription dans certains fichiers, impacts administratifs, action civile ou recours possibles pour la victime peuvent subsister. Et il existe un angle souvent sous-estimé : l’impact médiatique. Même lorsqu’un non-lieu est prononcé, l’accusation a parfois déjà été largement diffusée, ce qui peut durablement ternir la réputation de la personne mise en cause.
Comprendre quand a lieu un non-lieu, comment il est prononcé et ce qu’il permet encore d’engager est essentiel pour éviter les erreurs stratégiques. Dans ce contexte, l’intervention d’un avocat ne sert pas seulement à “lire” une ordonnance : elle permet aussi de sécuriser les démarches utiles (recours, demandes de rectification/effacement, réponses à l’administration) et, lorsque l’affaire a été médiatisée, de faire valoir concrètement la présomption d’innocence pour limiter la stigmatisation et encadrer la communication.
Dans ce contexte, Goldwin Avocats, expert en droit pénal à Paris, accompagne ses clients pour analyser la décision, sécuriser leurs droits et déterminer les actions réellement opportunes, y compris lorsque la réputation est en jeu. Une prise de contact permet d’obtenir une lecture claire et opérationnelle de votre situation.
Questions fréquentes sur le non-lieu



