Médiation et résolution de conflit associé : quelles solutions ?
Sommaire
  • Comprendre l’origine des conflits entre associés
  • Prévenir le conflit dès la création de la société
  • Quand la voie judiciaire devient nécessaire pour un conflit entre associés
  • Le rôle de l’avocat dans un conflit entre associés
  • Conclusion : bien gérer un différend entre associés

A retenir

  • Divergence de vision, tension financière ou faute d’un associé : aucune entreprise n’échappe totalement au risque de conflit.
  • Un pacte d’associés bien rédigé, avec clauses de décision et d’exclusion, limite le risque de blocage.
  • La médiation, plus rapide et confidentielle qu’un litige judiciaire, permet souvent de continuer à travailler ensemble.
  • Le recours au juge reste l‘ultime solution, et l’associé à l’origine du blocage ne peut invoquer sa propre faute.
Médiation et résolution de conflit entre associés

Comprendre l’origine des conflits entre associés

Avant d’envisager une démarche de règlement, il est utile d’identifier la source du différend. Plusieurs scénarios reviennent régulièrement dans la pratique des cabinets d’avocats :

  • La rupture de confiance et le manquement au devoir de loyauté : un associé qui détourne des fonds, s’approprie des biens personnels appartenant à l’entreprise ou agit contre l’intérêt social crée un litige particulièrement grave, susceptible de déboucher sur une action en justice. Ce manquement peut prendre plusieurs formes : la non-divulgation d’un conflit d’intérêts, la dissimulation d’informations sur l’entreprise aux autres associés, la captation d’une opportunité commerciale au profit exclusif de l’associé, un défaut de diligence dans la gestion des affaires sociales, le détournement déloyal de clientèle, ou encore la violation des droits de propriété intellectuelle (marques, droits d’auteur) appartenant à la société.
  • L’utilisation abusive des actifs de la société : certains associés peinent à distinguer leurs biens et fonds personnels de ceux de l’entreprise. L’exemple le plus fréquent est l’usage de la carte bancaire de la société pour régler des dépenses privées. Cette situation, distincte du détournement de fonds pur, appelle une réaction rapide de la part des autres associés.
  • La violation d’un accord contractuel entre associés : au-delà des manquements à l’obligation de loyauté, un litige peut naître de la simple inexécution d’un contrat liant les partenaires (accord de partenariat, accord d’exploitation, clause de non-concurrence, contrat de travail ou accord de non-divulgation). Selon la gravité, l’associé lésé peut alors engager une action visant à contraindre son partenaire à respecter l’accord, ou à obtenir des dommages et intérêts.
  • Les désaccords sur la gestion des ressources, notamment financières : lorsque les statuts ou le pacte d’associés ne précisent pas clairement qui détient le pouvoir de décision, ou selon quel processus, la tension s’installe rapidement.
  • L’absence de délimitation claire des rôles et des pouvoirs entre partenaires, qui favorise les divergences dès la signature des premiers documents.
  • Le déséquilibre perçu dans la charge de travail ou la rémunération, en particulier lorsque certains associés apportent des capitaux tandis que d’autres s’investissent au quotidien dans l’organisation, sans que cette répartition soit jugée équitable.

Ce ne sont là que quelques causes parmi d’autres. L’objectif est double : limiter le risque de mésentente en amont, et disposer d’une solution efficace lorsqu’elle survient malgré tout.

Dans les situations les plus graves, abus de biens sociaux, détournement de fonds caractérisé, l’accompagnement d’un avocat en droit des sociétés ne suffit plus : le recours à un avocat pénaliste devient nécessaire pour engager les actions appropriées et protéger efficacement les intérêts de l’associé lésé.

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Prévenir le conflit dès la création de la société

La meilleure gestion des conflits reste celle qui permet, en premier lieu, de ne jamais avoir à les régler. Un accompagnement juridique dès la création de l’entreprise permet de sécuriser durablement l’organisation et de préserver la relation entre partenaires.

Des statuts et un pacte d’associés solides

Rédiger des statuts et un pacte d’associés précis, définissant les rôles de chacun, les obligations, les apports en capital et le mode de prise de décision, permet d’éviter un grand nombre de différends. Il est recommandé d’y intégrer plusieurs clauses :

  • des clauses financières, le financement de la société étant l’une des sources de tension les plus fréquentes ;
  • des clauses de décision, précisant qui tranche et selon quel principe ;
  • une clause d’exclusion, permettant d’organiser la sortie d’un associé en cas de faute grave ;
  • des clauses de non-concurrence ;
  • des clauses de recours préalable à la médiation ou à l’arbitrage avant toute action en justice.

Un avocat en droit des sociétés intervient à ce stade non seulement pour accomplir les démarches légales nécessaires à la création, mais aussi pour rédiger un accord de partenariat qui décrit précisément la gouvernance future de l’entreprise. C’est un investissement qui a un coût, mais qui limite fortement le risque de blocage à long terme, un point d’attention particulièrement utile pour les dirigeants de PME.

Maintenir le dialogue entre associés

Lorsqu’un désaccord apparaît, la communication directe entre associés doit toujours rester la première démarche, avant d’envisager toute procédure. Un dialogue ouvert, fondé sur l’écoute et le respect du point de vue de chacun, permet souvent de désamorcer une tension avant qu’elle ne devienne un véritable litige.

La médiation, mode privilégié de règlement amiable

Lorsque le dialogue direct ne suffit plus, plusieurs modes amiables de règlement permettent de sortir de la crise sans recourir immédiatement au juge.

La médiation entre associés

La médiation repose sur l’intervention d’un tiers neutre, le médiateur, qui réunit les associés en conflit autour d’une même table. Contrairement au conciliateur, il ne propose pas lui-même de solution : son rôle est de restaurer le dialogue et de faire émerger un accord entre eux. La démarche relève du volontariat : chaque associé reste libre d’y participer et d’accepter, ou non, le processus qui en résulte. Au-delà d’une simple discussion, une médiation réussie peut aboutir à la rédaction d’un nouveau pacte d’associés, adapté à la situation présente de l’entreprise. C’est souvent la voie la plus rapide, la moins coûteuse et celle qui préserve le mieux la relation professionnelle entre partenaires ; un avantage décisif lorsque l’objectif reste de continuer à travailler ensemble.

La conciliation entre partenaires

La conciliation réunit également les partenaires autour d’un tiers, mais le conciliateur formule des propositions concrètes destinées à rapprocher les positions. Les associés restent libres d’accepter ou non l’accord suggéré.

L’arbitrage entre actionnaires

L’arbitrage confie à un tiers, l’arbitre, le soin de trancher directement le différend entre actionnaires. Si les actionnaires acceptent sa décision, celle-ci s’impose à eux. Cette solution présente toutefois une limite : elle règle le litige ponctuel, mais ne garantit pas nécessairement l’apaisement durable de la relation entre associés.

Un avocat pour actionnaires peut vous accompagner pour évaluer l’opportunité de cette voie.

Ces trois modes peuvent être mis en œuvre à l’initiative des associés eux-mêmes, ou proposés par le juge en amont de toute procédure contentieuse. Le tribunal encourage, dans bien des cas, le recours à ces solutions avant d’ouvrir un débat judiciaire.

 

Quand la voie judiciaire devient nécessaire pour un conflit entre associés

Lorsque toutes les tentatives de règlement amiable ont échoué et que le blocage persiste, la saisine du juge devient le dernier recours pour débloquer le fonctionnement de l’entreprise. Plusieurs procédures existent, à choisir selon la gravité et la nature de la situation.

Le mandataire ad hoc et l’administrateur provisoire

Dans les cas de figure de blocage extrême, lorsque toute communication avec l’associé est rompue, il est possible de demander au juge la désignation d’un mandataire ad hoc ou d’un administrateur provisoire. L’accompagnement d’un avocat d’affaires est ici essentiel pour rédiger la requête et définir précisément la mission confiée à ce tiers, sa durée et son étendue.

L’expertise de gestion en cas de conflit entre associés

Les associés minoritaires disposent d’un droit de regard renforcé sur la gestion de la société, pouvant aller jusqu’à demander la désignation d’un expert de gestion. Cette expertise ne constitue pas un audit complet de l’entreprise : elle porte sur des opérations précises, comme les conventions réglementées conclues entre associés, dirigeants et société. Ce droit est ouvert, par exemple, aux associés ou groupes d’associés d’une Société Anonyme (SA) représentant au moins 5 % du capital social (article L.225-231 du Code de commerce), à condition d’avoir préalablement interrogé par écrit les dirigeants et d’avoir laissé s’écouler un délai d’un mois sans réponse satisfaisante.

Passé ce délai, les actionnaires peuvent alors saisir le tribunal en référé afin d’obtenir la désignation d’un expert.

Il est à ce stade essentiel de se faire accompagner par un avocat, qui aidera à déterminer avec précision le périmètre des actes de gestion visés par la demande d’expertise, ainsi qu’à formuler les motifs sérieux justifiant une telle action devant le président du tribunal de commerce.

La révocation du dirigeant pour mésentente

Lorsque l’associé à l’origine du désaccord occupe également des fonctions de dirigeant, tout en détenant une minorité de blocage, les autres associés peuvent demander sa révocation devant le juge.

La dissolution judiciaire de la société

Dans les cas les plus extrêmes, lorsque la mésentente entraîne une paralysie totale du fonctionnement de l’entreprise, l’article 1844-7 du Code civil permet à un associé d’assigner en justice pour justes motifs afin d’obtenir la dissolution de la société. Il est à noter que l’associé à l’origine de la mésentente peut techniquement saisir le juge, mais sa propre faute lui sera opposée : les tribunaux refusent en principe de reconnaître un « juste motif » à un associé qui a lui-même provoqué la situation de blocage qu’il invoque.

Il convient de rappeler que la fin d’un partenariat ne résulte pas systématiquement d’un conflit : elle peut aussi survenir lorsque l’objectif poursuivi par la société a été atteint, ou simplement lorsque le rôle des partenaires évolue avec le temps. Ces situations, bien que différentes d’une dissolution pour mésentente, gagnent également à être anticipées et accompagnées par un avocat spécialisé.

 

Le rôle de l’avocat dans un conflit entre associés

Qu’il s’agisse de prévenir un désaccord, de conduire une médiation ou de représenter un associé dans une procédure judiciaire, l’accompagnement d’un avocat en conflit d’associés reste déterminant.

En amont, il sécurise la rédaction des statuts et du pacte d’associés. Face à une tension naissante, il aide à choisir le mode de règlement le plus adapté (dialogue direct, médiation, conciliation ou arbitrage) et évalue les documents contractuels déjà en place. En cas d’échec des démarches amiables, il défend les intérêts de son client dans le cadre d’une expertise de gestion, d’une procédure de révocation ou d’une action en dissolution, en gardant à l’esprit qu’un juge cherchera avant tout à préserver l’intérêt de la société, parfois au détriment de celui des associés pris individuellement.

Un cabinet d’avocat dédié à ce type de contentieux peut également proposer un protocole transactionnel, formalisant l’accord trouvé entre les parties à l’issue d’une médiation ou d’une conciliation, dans le respect de la confidentialité de la démarche.

Maître Jonathan Bellaiche, cofondateur du Cabinet Goldwin Avocats à Paris, et son équipe accompagnent depuis plusieurs années les dirigeants et associés confrontés à ce type de différend, en privilégiant chaque fois que possible la voie précontentieuse avant d’engager, si nécessaire, une action devant les juridictions compétentes.

 

Conclusion : bien gérer un différend entre associés

Un conflit entre associés n’est jamais anodin : il concerne à la fois la relation personnelle entre les fondateurs et la réussite à long terme de l’entreprise. La meilleure protection reste la prévention, par des statuts et un pacte d’associés bien rédigés dès la création. Lorsque la tension survient malgré tout, la médiation et les autres modes amiables doivent être privilégiés en premier lieu, car ils sont plus rapides, moins coûteux et préservent davantage la relation entre partenaires qu’une procédure juridique.

Ce n’est qu’en dernier recours, lorsque le dialogue est définitivement rompu, que la saisine du juge, par une expertise de gestion, une révocation d’un dirigeant ou une dissolution pour justes motifs, devient nécessaire. Dans tous les cas, l’accompagnement d’un avocat spécialisé permet de choisir, à chaque moment du différend, la stratégie la plus adaptée à la situation et aux besoins de l’entreprise.

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Questions fréquentes sur la résolution d'un conflit entre associés

Dans de nombreux cas, oui : depuis 2015, la loi impose de mentionner les démarches amiables entreprises avant de saisir le juge, mais l’absence de cette mention n’est pas sanctionnée en tant que telle.

En revanche, si vos statuts ou votre pacte d’associés contiennent une clause de médiation obligatoire, la jurisprudence est constante depuis 2003 : agir en justice sans l’avoir mise en œuvre rend l’action irrecevable.
La médiation entre associés n’est donc pas qu’une option de confort ; elle peut être une étape juridiquement incontournable. Un avocat en droit des sociétés peut vérifier en quelques minutes si une telle clause s’applique à vous.

Le coût d’une médiation entre associés varie selon la complexité du dossier et le mode de facturation du médiateur ou du cabinet d’avocats, mais il reste nettement inférieur à celui d’un contentieux complet.
Le coût doit toujours être mis en perspective avec celui, souvent bien plus élevé, d’un conflit qui s’enlise pendant plusieurs mois.

Lorsque le conflit rend la poursuite de la collaboration impossible, la cession des parts ou actions de l’associé sortant à un autre associé ou à un tiers repreneur est souvent la solution la plus rapide.
Si aucun accord n’est trouvé sur le prix, l’associé peut demander au juge la désignation d’un expert chargé d’évaluer la valeur des parts, dont l’estimation s’impose ensuite aux parties.
Une clause de rachat forcé (dite clause de « buy or sell »), prévue à l’avance dans le pacte d’associés, permet d’éviter cette étape judiciaire et de fluidifier considérablement la sortie.
Un accompagnement par un avocat permet de sécuriser la valorisation et le calendrier de cette sortie.

Le choix dépend de la nature du différend et de l’objectif poursuivi.
La médiation est adaptée lorsque les associés souhaitent préserver leur relation professionnelle, la confidentialité de leur différend et maîtriser les coûts.
La procédure légale s’impose en revanche lorsque le dialogue est rompu, qu’un manquement grave doit être sanctionné, ou que la loi impose de passer par le juge (dissolution, révocation, expertise de gestion).
Dans la pratique, ces deux voies ne sont pas exclusives : une médiation peut être tentée avant, pendant, voire après l’engagement d’une action en justice.

La durée de résolution dépend directement du moment où le conflit est pris en charge : un désaccord traité dès son apparition se règle souvent en quelques semaines par la médiation ou la négociation directe, tandis qu’un conflit qui s’enlise pendant plusieurs mois voit ses positions se durcir et son coût de résolution augmenter fortement.

De nombreux praticiens observent qu’un conflit laissé sans réponse pendant plusieurs mois devient nettement plus coûteux et difficile à résoudre. C’est pourquoi la réactivité est un facteur clé de succès, bien plus que la complexité juridique du dossier elle-même.
Ne laissez pas les tensions s’installer : un premier échange avec un avocat permet d’évaluer rapidement les options disponibles.

Un bon médiateur en conflit entre associés doit être un tiers réellement neutre, sans lien avec l’un ou l’autre des associés, et idéalement expérimenté en droit des sociétés pour comprendre les enjeux économiques et juridiques du dossier.
Il peut s’agir d’un avocat médiateur, d’un médiateur professionnel indépendant, ou d’un médiateur désigné par le tribunal.
Le choix peut être encadré à l’avance par une clause de médiation dans le pacte d’associés, qui prévoit parfois les modalités de désignation.

En principe, les frais de médiation sont partagés entre les associés participants, sauf accord contraire fixé au début du processus ou clause spécifique prévue dans le pacte d’associés.
Cette répartition peut aussi être renégociée à l’issue de la médiation, dans le cadre de l’accord final trouvé entre les parties.
Contrairement au recours à un conciliateur de justice, toujours gratuit car assuré par un bénévole, la médiation est un service payant. Ce point est généralement clarifié dès la première séance avec le médiateur ou l’avocat accompagnant le dossier.

Un accord de médiation entre associés est valable dès sa signature par les parties, sans intervention obligatoire du juge.
Il peut néanmoins être utile de le faire homologuer par un tribunal lorsque les parties souhaitent lui donner force exécutoire, c’est-à-dire la possibilité de le faire appliquer directement en cas de non-respect ultérieur par l’une des parties. Cette homologation est une simple formalité, rapide et peu coûteuse, qui sécurise l’accord sur le long terme.
Un avocat peut se charger de cette démarche pour le compte des associés concernés.

La médiation débute généralement par des entretiens individuels avec chaque associé, permettant au médiateur de comprendre les enjeux et les attentes de chacun, avant d’organiser des séances communes.
Ces échanges permettent de définir ensemble les points à résoudre, puis de construire progressivement une solution acceptée par toutes les parties.
Le processus est piloté par le médiateur, mais reste entièrement maîtrisé par les associés eux-mêmes : rien ne leur est imposé.
Le nombre de séances varie selon la complexité du différend.

Plusieurs signaux doivent alerter : des assemblées générales qui tournent systématiquement au désaccord, un associé qui cesse de répondre aux sollicitations, des décisions stratégiques bloquées pendant plusieurs mois, ou une perte progressive de confiance entre les partenaires.
Ces signes traduisent souvent un désaccord de fond qui ne se résoudra pas seul avec le temps.
Plus ces signaux sont pris au sérieux tôt, plus les solutions amiables ont de chances de fonctionner.
N’attendez pas que le blocage s’installe : un avocat en droit des sociétés peut vous aider à objectiver les faits dès les premiers signes de tension.

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